Pour mademoiselle ***

Amours des bas-reliefs, ô Nymphes et Bacchantes,
Qui, sur l’Ida nocturne, au bruit d’un tambourin,
Les fronts échevelés en tresses provocantes,
Dansiez en agitant vos crotales d’airain!

Vous, plus belles déjà que ces filles du Pinde,
Bayadères d’ébène aux bras purs et nerveux,
Qui bondissez sans bruit sur les tapis de l’Inde!
Avec des sequins d’or passés dans vos cheveux!

Elssler! Taglioni! Carlotta! sœurs divines
Aux corselets de guêpe, aux regards de houri,
Qui fouliez, en quittant le gazon des collines,
Le splendide outremer des ciels de Cicéri!

Ô reines du ballet, toutes les trois si belles!
Qu’un Homère ébloui fera nymphes un jour,
Ce n’est plus vous la Danse, allons, coupez vos ailes!
Éteignez vos regards, ce n’est plus vous l’Amour!


Verset Pour mademoiselle *** - Théodore de Banville