II ne faut s’ébahir, disaient ces bons vieillards

VIII.

 » II ne faut s’ébahir, disaient ces bons vieillards
Dessus le mur Troyen, voyants passer Hélène,
Si pour telle beauté nous souffrons tant de peine,
Notre mal ne vaut pas un seul de ses regards.

 » Toutefois il vaut mieux, pour n’irriter point Mars,
La rendre à son époux, afin qu’il la ramène,
Que voir de tant de sang notre campagne pleine,
Notre haure (1) gagnée, l’assaut à nos remparts. « 

Pères, il ne fallait, à qui la force tremble,
Par un mauvais conseil les jeunes retarder ;
Mais, et jeunes et vieux, vous deviez tous ensemble

Pour elle corps et biens et ville bazarder.
Ménélas fut bien sage, et Pâris, ce me semble,
L’un de la demander, l’autre de la garder.

1. Haure : Forteresse.


Verset II ne faut s’ébahir, disaient ces bons vieillards - Pierre de Ronsard