Au prodigue

Sonnet.

Le cœur n’est pas fragile, il est fait d’or solide :
Plût au dieux que, pareil à l’amphore de grès,
Il ne servît qu’un temps et fût poussière après!
Mais il ne s’use point, ô douleur! il se vide!

Au bord, la volupté rôde toujours avide :
Frère, ne permets pas qu’elle y boive à longs traits ;
Garde sévèrement ce qu’il contient de frais,
Trésor vingt ans accru qu’une nuit dilapide.

Sois avare de lui. Malheur à l’insensé
Qui, portant ce beau vase aux rouges bacchanales,
En perd le baume aux pieds des idoles banales!

Il sent un jour, sincère et traître fiancé,
Les lèvres d’une vierge à son cœur se suspendre,
Et son cœur grand ouvert n’a plus rien à répandre.

Verset Au prodigue