Un jour au mont Atlas

Un jour au mont Atlas les collines jalouses
Dirent : Vois nos prés verts, vois nos fraîches pelouses
Où vient la jeune fille, errante en liberté,
Chanter, rire, et rêver après qu’elle a chanté ;
Nos pieds que l’océan baise en grondant à peine,
Le sauvage océan! notre tête sereine,
A qui l’été de flamme et la rosée en pleurs
Font tant épanouir de couronnes de fleurs!

Mais toi, géant! d’où vient que sur ta tête chauve
Planent incessamment des aigles à l’oeil fauve?
Qui donc, comme une branche où l’oiseau fait son nid,
Courbe ta large épaule et ton dos de granit?
Pourquoi dans tes flancs noirs tant d’abîmes pleins d’ombre?
Quel orage éternel te bat d’un éclair sombre?
Qui t’a mis tant de neige et de rides au front?
Et ce front, où jamais printemps ne souriront,
Qui donc le courbe ainsi? quelle sueur l’inonde?

Atlas leur répondit : C’est que je porte un monde.

Verset Un jour au mont Atlas - Victor Hugo