Promenade

Nous qui croyons souffrir, songeons à la souffrance
De ceux qui vivent seuls, sans même une espérance,
Et qui mourront tout seuls ;
Regardons les méchants et ceux de qui la vie
N’a d’autre but que d’être à jamais asservie
Aux choses dont la mort fait les vers des linceuls!

Vois les hommes des champs ; vois les hommes des villes :
Les combats étrangers ou les guerres civiles
Déchirer leurs esprits ;
Jette un profond regard sur l’histoire profonde,
Et devant les forfaits entrevus sous cette onde,
Dis-moi ce que ressent ton pauvre cœur surpris.

Après avoir sondé toutes ces noires choses,
Regarde, là, tout près, les fleurs blanches ou roses
Sourire au grand ciel bleu ;
L’arbre étend ses longs bras, lorsqu’avec toi je passe,
Pour nous bénir, et Dieu rayonne dans l’espace,
Car l’arbre nous connaît et nous connaissons Dieu!

Amie, et délivrés de la ville lointaine
Dont le bruit nous arrive ainsi qu’un bruit de chaîne,
Essuie enfin tes pleurs!
Vois : la brise s’endort ; l’eau paisible s’écoule ;
Est-il bonheur plus grand que d’oublier la foule,
D’être aimé des oiseaux, et d’être aimé des fleurs?

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Verset Promenade - Jean Aicard