Elle et moi

Elle et moi tout en blanc, cheveux à l’air, bras nus,
C’est peut-être le sport ardemment soutenu
Qui nous fit rechercher à cet endroit de l’ombre.
Ou c’est quelque savant et mystérieux nombre
Qui dans le mois de juin, le plus vert de l’été,
Attire l’un vers l’autre, avec dextérité,
Ceux dont l’âge est aussi dans sa fraîche abondance ;
Ou simplement, encor, par ce temps de vacance,
Nous nous étions trouvés ensemble dans ce lieu
Parce que, né poète et bon, le Richelieu
Donnant un coup de faux à travers les érables,
Laissa, pour que ses bords devinssent désirables,
Fleurir des églantiers parmi le foin d’odeur.
Le calme et le gazon créaient de la tiédeur.
Le vent changeait à volonté le jeu des rides.
Chaque rire tranchait sur le bruit des rapides,
Distraitement, d’accord nous tordions en nos doigts
Des tiges. Par-delà le Bassin et les bois
Le soleil, avant de plonger dans son alcôve,
Venait sur l’eau jeter du vert pâle et du mauve.
Nous discutions nos goûts, nous jasions des amis,
Des gars qui, les bons soirs, cherchent femme parmi
Les filles de trois paroisses ; des vieux, des vieilles
Que malgré leurs portraits sur zinc, faces vermeilles,
Nous ne pouvons imaginer autres qu’ils sont.
Oh! nous la savions bien la mondaine façon
Qui nomme le silence un lèse politesse,
Et les thèmes étaient suivis avec prestesse
Hors un seul, celui-là, certes, le plus joli.
Le soleil flambait, rouge, au-delà de Chambly,
S’abîmant peu à peu happé par le vertige.
Ses nuages cuivrés et bleus nous les aimions.
Eau de moire… vent nul… des silences… grillons…
Et nous tordions toujours entre nos doigts des tiges.


Verset Elle et moi - Alphonse Beauregard